La Gare du Midi avant le théâtre : histoire d'un bâtiment reconverti
Ouverte en 1911 pour les trains de la Belle Époque, abandonnée en 1980, rouverte en 1990 avec une salle de 1 400 places. L'histoire d'un bâtiment qui a changé de métier sans changer de forme.
Une gare pour une station balnéaire
Le chantier commence en 1906. Biarritz est alors au sommet de sa fortune : la station attire une clientèle européenne fortunée, et cette clientèle arrive en train. Il lui faut une gare à sa mesure, en centre-ville, et non un simple arrêt.
Le bâtiment ouvre le 25 février 1911. Il est signé Adolphe Dervaux, architecte à qui l'on doit également la gare de Rouen — une filiation qui se lit dans le traitement monumental de la façade. Celle-ci est en pierre d'Arudy, calcaire des Pyrénées-Atlantiques ; à l'intérieur, les mosaïques des frères Maumégean signalent qu'on n'est pas dans une gare ordinaire.
C'est un point qu'on oublie facilement en entrant aujourd'hui pour un one-man-show : ce volume n'a pas été bâti pour recevoir un public de spectacle, mais pour impressionner des voyageurs.
Le déclin, en deux temps
La bascule survient dès 1926, avec l'électrification de la ligne. L'organisation du trafic change, et la Gare du Midi perd progressivement son rôle de gare principale au profit de la gare de La Négresse, au sud de la commune. Ce qui subsiste tient bientôt à des navettes de liaison.
L'effacement s'étale ensuite sur un demi-siècle, sans rupture spectaculaire — le sort ordinaire des gares déclassées. Le dernier train quitte la Gare du Midi en septembre 1980.
Suit une décennie de vide. Un bâtiment de cette taille, en plein centre d'une ville qui manque de foncier, ne reste pas inoccupé par négligence : il reste inoccupé parce que personne ne sait quoi en faire. Une gare est un objet difficile à reconvertir — de grands volumes, des contraintes de structure, une orientation dictée par des voies qui ne servent plus.
1990 : le pari du Palais des Festivals
La réponse arrive en 1990 avec une réhabilitation qui installe dans le bâtiment une salle de spectacle de 1 400 places et un plateau de 600 m². Le lieu prend le nom de Palais des Festivals et accueille congrès et spectacles.
Ces deux chiffres méritent qu'on s'y arrête. 1 400 places, pour une commune d'environ 25 000 habitants, c'est considérable : la jauge n'est pas calibrée sur la population de Biarritz mais sur son bassin — l'agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz et, en saison, les vacanciers. Quant au plateau de 600 m², il autorise des productions lourdes, ce qui n'est pas le cas d'une salle municipale ordinaire. C'est ce qui permet aujourd'hui à des tournées nationales de s'y arrêter.
En 1997, le bâtiment reprend son nom d'origine : la Gare du Midi. Le nom du Palais des Festivals n'aura tenu que sept ans. On peut y voir un choix de bon sens — les Biarrots n'avaient jamais cessé d'appeler l'endroit par son nom — et l'origine du malentendu permanent avec les visiteurs, qui cherchent une gare et trouvent un théâtre.
Ce que le bâtiment a gardé de la gare
La reconversion n'a pas effacé l'origine. Elle reste lisible dans la façade, dans les volumes, dans l'implantation en bordure de l'ancien faisceau ferroviaire — l'annexe d'un millier de mètres carrés qui sert aujourd'hui d'atelier décor se trouve d'ailleurs côté voies SNCF.
Pour le spectateur, cette histoire a des effets pratiques. Les circulations sont celles d'un bâtiment de 1911 adapté après coup, non celles d'un équipement conçu pour évacuer un millier de personnes en quelques minutes. Rien de problématique, mais l'affluence se concentre visiblement avant l'ouverture des portes, et il vaut mieux prévoir un peu d'avance.
Une seconde reconversion, discrète
La transformation ne s'arrête pas à la salle. En 1998, le Centre chorégraphique national Malandain Ballet Biarritz s'installe dans les tours et le corps central du bâtiment. La Gare du Midi cesse alors d'être seulement un lieu de diffusion pour devenir aussi un lieu de production, où des œuvres sont répétées et créées.
C'est probablement l'élément le plus singulier de cette histoire : peu de salles françaises de cette taille hébergent en permanence une compagnie nationale. Ce point fait l'objet d'un guide séparé, parce qu'il explique une bonne partie de ce qu'on peut voir ici.
Ce que l'on retient
Une gare de 1911 devenue salle de 1 400 places en 1990, puis maison d'une compagnie de ballet en 1998, sans jamais être démolie ni dénaturée. À Biarritz, on va au spectacle dans un bâtiment qui a d'abord servi à partir.
Pourquoi une gare aussi imposante dans une ville de cette taille
La question mérite d'être posée : Biarritz n'a jamais été une grande ville. Ce qu'elle était, en 1911, c'est une station balnéaire de réputation internationale, fréquentée par une clientèle européenne fortunée qui y passait la saison.
Cette clientèle arrivait en train, avec bagages, personnel et séjours longs. La gare n'était pas un simple point d'arrêt fonctionnel : c'était la porte d'entrée de la station, le premier bâtiment que voyaient des visiteurs habitués aux plus belles gares d'Europe. D'où le soin de la construction, le choix d'un architecte reconnu, la pierre d'Arudy en façade, les mosaïques à l'intérieur. On bâtissait une vitrine autant qu'un équipement.
C'est aussi ce qui explique que le bâtiment ait survécu à sa désaffectation. Une gare utilitaire des années 1960 aurait été démolie sans débat ; celle-ci avait une valeur architecturale qui rendait la démolition difficile à assumer.
Ce qu'il faut regarder en y allant
Puisque vous y passerez une soirée, autant voir le bâtiment plutôt que de le traverser. Trois éléments méritent le coup d'œil.
- La façade en pierre d'Arudy, calcaire extrait dans les Pyrénées-Atlantiques : c'est elle qui donne au bâtiment sa présence sur l'avenue, et elle se regarde mieux en arrivant à pied qu'en sortant d'un parking souterrain.
- Les mosaïques des frères Maumégean, à l'intérieur : un niveau de décoration qui ne se justifie que par la vocation d'origine du lieu.
- Les volumes eux-mêmes, et la façon dont une salle de 1 400 places a été insérée dans une structure qui n'était pas prévue pour elle.
Arriver un quart d'heure en avance suffit largement à faire ce tour. C'est le genre de détour qui rend une soirée plus intéressante qu'un simple spectacle.
Sources
- Malandain Ballet Biarritz — le lieu : histoire, architecture, espaces
- Ville de Biarritz — lieux culturels
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